Une tournée au Maghreb haute en couleur pour Condoleezza Rice
De la cuisine de Kadhafi au salons d'apparat de Bouteflika, la tournée que la secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice a effectué au Maghreb lui a réservé de nombreuses surprises, parfois cocasses, selon divers témoignages de son entourage. Connue pour sa ponctualité, Mme Rice a vu son programme se prolonger de plusieurs heures à chaque étape de cette tournée effectuée en plein Ramadan, ce qui l'a conduite à partager à des heures parfois très tardives avec les dirigeants de la région l'Iftar, le repas de rupture du jeûne musulman. C'est ainsi que lors de la première étape de sa tournée à Tripoli, où elle était le premier chef de diplomatie américaine à se rendre depuis un demi-siècle, le leader libyen Mouammar Kadhafi, avec lequel elle venait d'évoquer les grands problèmes de la région, l'a entraînée dans ses appartements privés pour y partager l'Iftar dans la cuisine familiale. Les gardes du corps de Mme Rice, à qui cette partie de la résidence de M. Kadhafi était interdite, n'ont pu que s'incliner lorsqu'ils ont vu Mme Rice disparaître avec M. Kadhafi. Le dirigeant libyen, qui ne cache pas son admiration pour Mme Rice qu'il appelle "Leeza" et non "Condi", l'a comblée de présents: un luth, plusieurs bijoux dont une bague et un pendentif qui s'ouvre pour révéler un portrait du dirigeant libyen, ainsi que son "Livre Vert", dans lequel il expose ses idées pour résoudre les problèmes du monde, dédicacé "de la part de Mouammar Kadhafi, avec respect et admiration". La chef de la diplomatie américaine lui a remis une assiette en porcelaine décorée du sceau officiel des Etats-Unis, avec sa signature. Mme Rice, qui avait également prévu des entretiens avec son homologue libyen Abdel Rahman Chalgham et une conférence de presse avant de gagner Tunis pour y passer la nuit, s'est couchée aux alentours de quatre heures du matin. A Tunis, Mme Rice a rencontré le président Zine El Abidine Ben Ali, qui l'a reçue dans son luxueux palais de Carthage, orné d'impressionnants lustres de cristal, de marbre et de bois précieux. La délégation américaine a été impressionnée par la collection de voitures de luxe garées dans la cour du palais, où elle a remarqué une Porsche, une Aston-Martin et une Bentley. Mme Rice, qui souhaite une meilleure coopération antiterroriste entre le Maroc et l'Algérie, dont les relations sont empoisonnées depuis plus de 30 ans par le conflit du Sahara Occidental, a poussé la diplomatie jusqu'à partager deux Iftars, l'un en début de soirée à Alger avec le président Abdelaziz Bouteflika, l'autre plus tard dans la soirée avec le Premier ministre marocain Abbas El Fassi. La secrétaire d'Etat, qui entretient sa ligne et fait une heure d'exercice chaque matin, a mangé les hors d'oeuvre à Alger et le plat principal à Rabat. Une fois encore elle s'est couchée à deux heures du matin. Elle n'a pas rencontré le roi Mohammed VI, mais le souverain marocain lui a fait porter un énorme bouquet de fleurs de cinq mètres de haut --trop volumineux pour l'avion de la secrétaire d'Etat-- et une impressionnante boîte de chocolats du pâtissier parisien Lenôtre, que Mme Rice a préféré partager avec son entourage dans l'avion du retour. (AFP)