Le commissaire du salon international du livre d'Alger s'explique

Le commissaire du salon international du livre d'Alger s'explique
Smaïl Ameziane-Commissaire du Salon international du livre d'Alger :
« A la Safex, je n'ai pas eu d'interlocuteur »


- Le Sila, qui n'est plus organisé par l'ANEP, vient d'être institutionnalisé. Qu'en est-il exactement ?

- Le ministère de la Culture a été chargé officiellement de l'organisation du Sila. Jusqu'à présent, ce salon n'avait pas de statut juridique. La ministre a décidé de l'institutionnaliser en festival. Le statut juridique du Sila est désormais un festival dénommé « Salon international du livre d'Alger (Sila). Et comme pour chaque festival, la ministre désigne un commissaire. Et j'ai cet honneur d'être désigné comme commissaire du salon. Le salon sera financé en grande partie par les recettes qu'il engendre. Jusqu'à présent, le Sila n'a pas eu de subventions. A l'heure où l'on parle, le salon n'a pas encore de subventions. Je ne peux rien vous dire pour l'instant sur ce point. C'est à l'appréciation du ministère de débloquer une somme éventuellement s'il y a des invités en plus ou un programme chargé.

- Le salon devrait avoir lieu à l'esplanade du 5 Juillet (OCO). Pourquoi le choix de ce lieu ? Y a-t-il eu des problèmes avec la Safex ?

- Nous avons trouvé que l'esplanade du 5 Juillet est centrale par rapport aux populations concernées et intéressées par le salon, autrement dit, les étudiants. Il y a un écho favorable de ce côté-là. Il existe plusieurs facultés à Bouzaréah, Ben Aknoun et Alger-Centre. L'endroit est desservi par le transport public, il existe de grands parkings. A la Safex, le parking était un souci permanent. A l'OCO, il me semble qu'il y a des commodités pour accueillir un salon international. Avec la Safex, les discussions ont trop tardé. Je n'ai pas eu d'interlocuteur, de responsable en face de moi à même de prendre des décisions. Nous avons commencé les discussions début août. Je me suis retrouvé en face d'un directeur central de la Safex et à chaque fois qu'on parle d'un point sensible, il fallait qu'il se réfère à son PDG, pour nous envoyer trois ou quatre propositions défavorables. J'ai pu suivre jusqu'à la fin du Ramadhan, et puis je voyais que ça n'avançait pas sur des points sensibles sur lesquels, il fallait prendre des décisions qui sont restées suspendues parce qu'untel ne veut pas, parce que le financier n'est pas d'accord, le juriste est contre...Donc, au lieu d'avoir tout le monde autour d'une table et de négocier, pour des négociations de deux heures, c'est simple, tout ce qui est acceptable, on l'accepte, tout ce qui est négociable, on le négocie. Je n'ai pas demandé l'impossible.

- Ces difficultés ne sont-elles pas liées aux tarifs ?

- On a accepté les tarifs. C'était lié à des choses qui n'étaient pas normales. On me demandait par exemple de payer la Safex, une semaine avant le salon. Quel est ce comptable qui peut payer une facture sans le service fait. Et le service fait est l'inauguration du salon. C'est contraire à la législation. La Safex nous a demandé ensuite de payer quinze jours après le salon alors que notre proposition était de un mois. Un mois après le salon, j'estime qu'on est dans les normes. Les propositions qui nous ont été faites sont inacceptables. Je n'ai pas eu de vis-à-vis pour nous expliquer pourquoi. Il est clair que je ne pouvais pas payer une facture avant le service fait. Dans tous les salons du monde, il y a des changements jusqu'à la dernière minute. Il y a toujours des désistements, des gens qui arrivent en retard. On ne réceptionne qu'au lendemain du salon. Le temps n'était pas en ma faveur en tant qu'organisateur. A chaque fois, on me fait des propositions plus défavorables que les premières... Le PDG de la Safex était au courant de tout. Nous avons fait la proposition à la Safex de faire partie de l'organisation du salon. Nous ne cherchons pas le leadership. Je suis un chef d'entreprise et on m'a confié une mission que je dois défendre à fond. Je n'ai aucun autre intérêt que de servir mon pays quand on me le demande et de mener à bien ma mission.

- La Safex a pourtant l'habitude d'abriter le Salon du livre...

- Je vous dis franchement que le moment n'est pas à la gestion de l'humeur. Nous avons des instructions pour toiletter le salon, pour mieux l'organiser, pour faire appel aux éditeurs... J'ai une mission avec un temps court. Je suis arrivé à ce qu'on appelle des négociations stériles. Je ne tiens pas à avoir un PDG en face de moi, je veux un interlocuteur qui a le pouvoir de décider (...) A un moment donné, il fallait décider. Je m'en suis remis au ministère de la Culture et j'ai fait mon rapport dans lequel j'ai expliqué la situation.

- A l'OCO, avez-vous pris en compte tous les aspects (climat, sécurité) ?

- Tout est en ordre. Il s'agit d'un immense chapiteau moderne, étalé sur 13 000 m². Il sera à l'extérieur en face de ce qu'on appelle le flambeau.

- Au Sila, il y a l'absence remarquée de l'Espagne, de l'Italie, des Etats- Unis et du Canada...

- L'Espagne est présente à travers le Centre culturel Cervantes. De même pour l'Italie. Nous n'avons pas suffisamment le temps pour faire les démarches. Les gens ne viennent pas pour le plaisir de venir. Il faut tout un redéploiement pour ramener ces pays. Les éditeurs sont également des commerçants. S'il n'y a pas un intérêt, ils ne viennent pas. Je vois mal un éditeur venir présenter la littérature italienne. Les charges sont lourdes. Il faut trouver une solution à cela. Il faut au moins deux ans pour démarcher les Canadiens, car l'exportation du livre est subventionnée par l'Etat. L'Etat donne des subventions annuelles en macro pour un certain nombre de pays. L'Algérie ne peut pas figurer dans le programme officiel, si les représentants de l'édition canadienne ne formulent pas ce besoin une année à l'avance. Il faut les convaincre une année auparavant donc. Ce n'est pas impossible mais ça n'a pas été fait jusque-là. Pour les Etats-Unis, c'est la même chose. C'est encore plus facile avec les Canadiens qu'avec les Américains.

- Et pour les grands pays d'Asie comme la Chine, le Japon, la Corée du Sud, l'Inde, l'Indonésie...

- On n'est pas encore arrivés là ! Le Sila, qui est inscrit à l'agenda international, se redéploie. Il y aura un nouveau site sur Internet...

- Qu'en est-il des inquiétudes exprimées par un syndicat des éditeurs sur les nouvelles mesures liées à la loi de finances complémentaire ?

- Je n'aime pas qu'on déplace les problèmes. La loi de finances complémentaire (LFC) est ce qu'elle est, concernant le Credoc. Il n'y a pas de loi parfaite. Le Sila n'est pas concerné par la LFC. Les éditeurs étrangers le savent. Tous les ouvrages sont en transit temporaire. Ils sont destinés au salon, exonérés de toute formalité de commerce extérieur, des droits et des taxes. J'entends des rumeurs relatives au boycott par rapport à la loi. Tous les éditeurs, algériens ou représentants de grandes maisons françaises, ont trouvé solution à cela. Un certain nombre de nationaux veulent déplacer le problème vers le salon. La loi n'est pas propre au salon. Elle touche tous les secteurs d'activité. Il n'y a pas de dérogation à la loi. On fait un tas de choses pour tenter d'influencer les pouvoirs publics. On ne peut le faire de cette manière. Nous ne sommes pas dupes. Il y a un salon, c'est la vitrine du pays. Je fais un appel à tout le monde, c'est une obligation en tant qu'Algériens de défendre notre salon. Rien n'empêche avant ou après d'ouvrir le débat sur la loi et son impact sur l'importation des livres. Mais qu'on ne fasse pas d'amalgame puisque ça ne sert absolument à rien d'ouvrir ce faux débat.


Par Fayçal Métaoui
El Watan 29 septembre 2009
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le mercredi 30 septembre 2009 10:53

Polémique sur le salon international du livre d'Alger

Polémique sur le salon international du livre d'Alger
Il quitte la SAFEX pour un chapiteau importé :
Interrogations autour du 14e Salon du livre

A un mois de la tenue de la 14e édition du Salon international du livre d'Alger (SILA), prévu du 27 octobre au 6 novembre 2009, une polémique enfle autour du lieu devant abriter la manifestation. Selon Smaïl Ameziane, commissaire du Salon depuis juillet 2009, le SILA aura lieu à l'esplanade du complexe olympique du 5 Juillet sous un chapiteau. Un chapiteau de 13000 m2 importé d'Allemagne. Pour la première fois depuis 2001, il sera délocalisé du Palais des expositions de la Société algérienne des foires et expositions(Safex). Un différend sur le mode de payement entre l'entreprise publique et le commissariat du salon explique ce changement d'adresse. « Quel est ce comptable qui peut payer une facture sans le service fait ? », s'interroge Smaïl Ameziane. Il invoque aussi l'absence d'interlocuteur au niveau de la Safex et le peu de sérieux dans les négociations. « Je vous dis franchement que le moment n'est pas à la gestion de l'humeur (...). Je suis arrivé à ce qu'on appelle des négociations stériles. Je ne tiens pas à avoir un PDG en face de moi, je veux un interlocuteur qui a le pouvoir de décider », se plaint-il.
Chose que réfute Rachid Gasmi, président-directeur général de la Safex, qui estime que toutes les mesures ont été prises pour faciliter l'organisation du Sila. Il cite l'exemple de la reconduction des mêmes tarifs que ceux de 2001, la gratuité de l'accès au salon prévue pour cette année et l'accélération des travaux de rénovation du Pavillon central. Dans un rapport transmis au commissaire du Sila et à la ministre de la Culture le 10 septembre 2009, la direction de la Safex a indiqué que toutes les dispositions ont été prises pour que les descriptions techniques des stands soient respectées selon les exigences du commissariat. « Tous les autres aspects liés à l'organisation et qui concernent la Safex sont également suivis avec soin : mise en place de plans de circulation, contrôle des accès spécifiques, mise à disposition de parking », est-il écrit. Est mentionné également la mise à la disposition du commissariat du pavillon sous douane Bahdja, réservé au contrôle des livres par les ministères de la Culture et des Affaires religieuses. Le Syndicat national des éditeurs du livre (SNEL) s'implique dans le débat et dénonce la délocalisation du salon. « Au lieu de corriger ce qu'il y a comme erreur dans les prestations et dans l'esthétique, on n'a pas trouvé mieux que de remplacer le Palais des expositions de la Safex par un chapiteau dans un espace ouvert au 5 Juillet. Comme si l'Algérie n'avait pas d'infrastructures (...) Je n'ai pas encore entendu parler d'un salon qui change d'endroit », observe Fayçal Houma, président du SNEL. « Le Sila qui est devenu récemment le Fila (Festival international du livre d'Alger) vient d'être délocalisé au 5 Juillet sous un chapiteau.

Cela s'est fait sans concertation des éditeurs et sans préavis », relève, pour sa part, Radia Abed, présidente du Syndicat professionnel du livre (SPL). Une tentative de conciliation entre le commissariat du salon et la Safex a été engagée, lundi matin par le SNEL et le SPL, mais n'a pas abouti. Smaïl Ameziane, selon les responsables des deux syndicats, n'a pas pu assister à la réunion en raison d'un engagement avec le ministère de la Culture. Le SNEL et le SPL ne perdent pas espoir de convaincre les deux parties à trouver un terrain d'entente et maintenir l'organisation à la Safex. Attitude que Rachid Gasmi dit respecter et précise qu'il reste ouvert à toutes les propositions. Hier encore, l'option de déplacer le SILA au 5 Juillet semblait plus forte que celle de le maintenir au Palais des expositions de la Safex. « Je ne suis en guerre contre personne. Je suis responsable et j'ai pris ma responsabilité de changer le lieu. Jusqu'à maintenant, le SILA se déroulera au 5 Juillet à la date prévue. Qu'est-ce que je vais négocier alors que les containers de livres sont déjà au port ? Il me semble que la décision de délocaliser le salon a dérangé beaucoup d'intérêts malsains », indique Smaïl Ameziane, contacté par téléphone en début de soirée. Le SNEL et le SPL regrettent le silence du ministère de la Culture sur cette polémique et prévoient de tenir une conférence de presse demain mercredi à la Maison de la presse Tahar Djaout. L'option d'un boycott du salon serait à l'étude. « Pourquoi Khalida Toumi refuse de nous écouter ? Et pourquoi ne prêt-elle oreille qu'à Smaïl Ameziane ? », se demande Fayçal Houma. Sidali Sakhri de l'Association des libraires algériens (Aslia) dénonce, de son côté, la mise à l'écart de l'organisation du SILA. « Depuis sept ans, l'Aslia est membre du comité d'organisation du salon du livre, chargé essentiellement des animations. Les responsables de l'ANEP nous ont fait confiance en nous chargeant de cette mission. En contrepartie, on nous donne 1 million de dinars pour financer nos activités habituelles. Ce que nous faisions était bien accueilli », relève-t-il.
Le changement de statut du SILA, considéré désormais comme un festival doté d'un commissaire sur décision du ministère de la Culture, a fait que l'Agence nationale d'édition et de publicité (ANEP) n'est plus en charge de l'organisation de la manifestation comme ce fut le cas depuis 2001. Cela a entraîné l'éloignement de l'Aslia des activités du salon. « On ne nous a pas informés. Toutes les autres associations ont été mises à l'écart sans qu'on explique ce qui nous est reproché. La nomination d'un commissaire n'implique pas l'éloignement des professionnels du livre et du mouvement associatif qui a fait ses preuves au profit d'individus. L'argent qui peut nourrir la vie d'une association ira finalement dans les poches de personne », ajoute Sidali Sakhri, qui dit avoir saisi par lettre le ministère de la Culture. Selon lui, l'habituel prix Aslia attribué aux meilleurs auteurs sera maintenu cette année. La quatorzième édition du SILA verra la participation de 17 pays représentés par 328 exposants devant occuper une superficie de 8503 m2. L'Egypte, le Liban, la Syrie, la France et la Jordanie seront les pays les plus présents avec plusieurs maisons d'édition. Les éditeurs algériens seront au nombre de 120. A cela s'ajoute des éditeurs venus de onze pays africains, dont le Mali, la Côte d'Ivoire, le Burkina Faso, le Sénégal et le Bénin, regroupés dans un stand baptisé « Esprit Panaf' », un clin d'½il au deuxième Festival culturel panafaricain qui s'est tenu à Alger en juillet dernier. Les Palestiniens seront les invités d'honneur du salon. « Le roi livre » serait l'un des slogans retenus pour cette édition



Par Fayçal Métaoui
El Watan du 29 septembre 2009
* Caricature de Maz
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le mercredi 30 septembre 2009 05:23

Le syndicat des éditeurs du livre s'inquiète sur le salon d'Alger

Le syndicat des éditeurs du livre s'inquiète sur le salon d'Alger
Fayçal Houma. Président du Syndicat national des éditeurs du livre
« Nous revendiquons nos droits d'organisateurs du SILA »

Le nouveau président du Syndicat national des éditeurs du livre (SILA), qui succède à ce poste à Smail Ameziane, actuel commissaire du Salon international du livre (Sila), revient sur cette manifestation prévue du 27 octobre au 6 novembre 2009 et sur la polémique suscitée autour du lieu de sa tenue.


Que pensez-vous du transfert du Salon du livre de la Safex vers l'Office olympique du 5 Juillet ?

Au lieu de corriger ce qu'il y a comme erreurs dans les prestations et dans l'esthétique, on n'a pas trouvé mieux que de remplacer le Palais des expositions de la Safex par un chapiteau dans un espace ouvert au 5 Juillet. Comme si l'Algérie n'avait pas d'infrastructures ou de repères. C'est une insulte pour l'infrastructure algérienne, un effacement pur et simple de la mémoire des Algériens de ce Salon. Quand on parle de la production livresque et du livre, il est entendu qu'on évoque le Sila. A Paris ou à Tunis, les salons du livre ne changent pas de lieux. Cela est valable dans tous les pays. Je n'ai pas encore entendu parler d'un salon qui change d'endroit. Et puis, qui ouvre le droit de louer le chapiteau chez x ou chez y ? Y a-t-il eu un avis d'appel d'offre ? Donc, on peut douter. J'aimerai bien connaître les nouveaux prix. Supposons que les tarifs soient inférieurs. Est-ce une raison d'effacer d'un seul trait un héritage de quatorze éditions du Sila. Les participants ne se plaignaient pas des tarifs. Les réservations étaient déterminées bien avant. Tous les éditeurs, nationaux ou étrangers, ont réservé un stand à la Safex. Ils connaissent parfaitement les prix. Les tarifs sont fixés à 4500 DA le mètre carré.

La décision de délocalisation du Salon est-elle personnelle ?

C'est une décision prise entre le ministère de la Culture et le Commissariat du salon. Au fil des ans, l'organisation du Salon du livre s'est améliorée. J' y assiste depuis la neuvième édition et je peux en témoigner. Au lieu de continuer sur la même lancée, on redémarre à zéro.

Fallait-il maintenir l'Anep comme principal organisateur du Salon ?

L'Anep, c'est autre chose. C'est une boîte de communication. J'avais proposé à l'ex-président du Snel que le ministère institutionnalise le commissariat du Sila, lequel devait travailler en étroite collaboration avec le Syndicat national des éditeurs du livre. Aujourd'hui, il y a une coupure totale entre le Syndicat et le Commissariat. Pas de contact. Cela est dû à des raisons purement personnelles. Le commissaire est ex-président du Snel. Le fait est qu'il ne le soit plus, il n'a plus de contact avec nous. On mélange tout.

Vous êtes théoriquement associés à l'organisation du Salon...

Oui. Le Snel figure dans le règlement intérieur du Sila. Mais personne ne nous a contactés. Le Syndicat a écrit au commissaire lui demandant de réserver 54 m2 de stands. La réponse est venue d'un de ses collaborateurs avec une lettre dans laquelle on nous donne 12m2 seulement. Nous sommes considérés comme une simple association. Le commissaire a créé le mécontentement chez l'ensemble des éditeurs en raison de ce mépris. Nous allons refuser cet espace. Nous allons avoir nos propres stands et revendiquer nos droits comme éditeurs organisateurs de cette fête. Nous avons le droit d'être partie prenante dans l'organisation du Sila. Tous les éditeurs ont réservé. Alors, on se demande pourquoi on remet en avant la question des tarifs.

Les libraires seront présents au Salon. Comment les aider à maintenir leurs activités ?

C'est un Salon pour l'édition. Il reste que le maillon le plus faible dans la chaîne de fabrication du livre est le libraire. J'ai proposé un projet de charte de l'éditeur où toute la chaîne, l'ensemble de la famille qui intervient dans la fabrication du livre, est prise en compte. C'est-à-dire les auteurs, les éditeurs, les distributeurs et les libraires. Cette charte n'a pas été critiquée par les professionnels mais n'a pas encore été approuvée. Il existe une politique pour promouvoir le livre et la lecture. Elle doit se faire avec l'ensemble des intervenants. Mais, les libraires et les distributeurs ne sont pas bénéficiaires. En tant qu”éditeur, je défends le libraire parce qu'il représente la pérennité. Si je vais à Sétif ou à Médéa, je travaille à longueur d'année avec le libraire. Au cours de ce Salon international, les éditeurs doivent respecter les libraires en ce qui concerne la marge bénéficiaire. Ils ne doivent pas faire des rabais aléatoires pour des livres nouveaux, car on ne peut pas tout brader...

Des inquiétudes ont été exprimées sur les nouvelles mesures décidées par la loi de finances complémentaire (LFC). Partagez-vous ces inquiétudes ?

Les problèmes de l'importation ne nous concernent pas. Nous représentons et défendons les droits des éditeurs qui fabriquent les livres ici. L'Algérie ne gagne rien avec les livres envoyés par conteneurs d'Egypte ou du Liban sans réelle contrepartie financière. Cela ne m'intéresse pas d'importer de France des livres de gastronomie ou de contes d'enfant. C'est une concurrence pour le produit local. Certains parlent de pénurie de livres. Je crois que cela va concerner en premier lieu les ouvrages scientifiques. J'adhère à cette loi de finances en ce qui concerne le livre. Cela va freiner l'importation. Il y a des livres qu'on peut éditer ici. Si vous demandez l'achat de droits chez des éditeurs français, ils vous diront vous n'avez qu'à importer nos livres. En ce qui concerne la matière première, c'est une autre affaire. Il faut des dérogations pour aider les éditeurs et les imprimeurs à avoir plus de facilité dans l'achat d'équipements et de matières premières. Il faut détaxer le livre produit en Algérie, pas le livre importé.


Par Fayçal Métaoui
El Watan du 30 septembre 2009
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le mercredi 30 septembre 2009 04:31

Une interview de HIC, auteur de "Nage dans ta mer"

Une interview de HIC, auteur de "Nage dans ta mer"
Hicham Baba Ahmed (HIC). Caricaturiste :
« Je m'autocensure involontairement »


Nage dans ta mer est votre premier album. Vous en ferez d'autres...

Les dessinateurs en Europe publient chaque année un album de dessins de presse. C'est l'aboutissement d'une année de travail. J'ai même envie de dire que ce n'est même pas un événement éditorial. Dans Nage dans ta mer, il y a un concentré de trois années de publication (2006, 2007 et 2008). A partir de janvier 2010, je me suis arrangé avec mon éditeur, pour publier un album chaque année, à commencer par celui de 2009. J'espère que ça va ouvrir la voie aux autres dessinateurs pour faire de même. L'album est une sélection des meilleurs dessins. Nous avons une moyenne de 300 dessins par an. On ne peut pas tout publier. Il y aussi de mauvais dessins.

Et c'est quoi un mauvaise dessin ?

Le dessin est subjectif. Parfois, la moitié des Algériens adore un dessin et l'autre moitié le déteste. Quand on fait un bon dessin, on n'est pas tout à fait conscient qu'on en a fait un, mais quand on fait un mauvais, on sait qu'il en est un ! C'est dû à l'inspiration du jour, arrivé en retard au travail, mal réveillé... J'ai l'impression que l'inspiration est quelque chose de mystique. Etant professionnel depuis quelques années, on peut éviter facilement le syndrome de la feuille blanche. Quand on devient professionnel, il y a une mécanique qui s'installe permettant de s'en sortir.

Nage dans ta mer, pourquoi ce titre ?

C'est une proposition de SAS (Sid Ahmed Semiane) qui a écrit la préface. Le titre d'un livre est toujours délicat. Il faut qu'il ne soit ni trop long ni trop court. Le titre est le résultat d'un brainstorming avec SAS. Il a m'a proposé Nage dans ta mer, parce qu'il avait vu le choix du dessin de couverture et il m'a dit que ça collait. « Oum bahrak » est une expression algérienne qui symbolise beaucoup de choses. En fait, j'ai sélectionné trois ou quatre dessins pour la couverture et que j'ai proposés à l'éditeur. Je n'étais pas obligé de le faire. Et puis, le choix est tombé sur celui là. El harga est un phénomène actuel qui prend de l'ampleur

Avez-vous des lignes rouges dans vos dessins ?

Je défie quiconque qui pourrait prétendre ne pas avoir de lignes rouges. « Lignes rouges », cela ne veut pas dire peur de la justice ou peur d'un tel, cela dépend de la personne, de son éducation et de son comportement. Je m'autocensure involontairement parce que je sais que nous sommes dans une société qui n'accepte pas certaines choses, et qu'on le veuille ou pas, je fais partie de cette société. Je n'ai pas à faire ce que cette société rejette. Les lignes rouges existent partout. Il n'existe pas de sujets que je ne peux pas aborder à part les représentations religieuses. Nous avons eu l'épisode des caricatures danoises, etc. Mais là, c'est la Constitution qui nous l'interdit, ce n'est même pas la religion. Au même titre qu'un Français ne peut pas faire un dessin sur la Shoa. Ils ont leurs interdits, nous avons les nôtres. C'est tout. Je ne peux dessiner le prophète Mohamed, cela ne me frustre pas plus que cela (...) Il n'y a pas de principe de liberté d'expression intégrale. C'est une utopie. La preuve, nous l'avons vécu avec les dessins danois, l'épisode Dieudonné et Siné qui ont subi la censure en France... En Europe, il existe une justice indépendante et une presse institutionnalisée qui maintiennent l'équilibre. Chez nous, si quelqu'un s'aventure à faire un dessin pareille, il subit le lynchage. C'est un risque. On ne pas compter sur la justice ou sur un soutien

Hic a-t-il subi la censure ?

Oui, mais pas ces dernières années. Honnêtement, au Soir d'Algérie, je n'ai jamais été censuré. Au début de ma carrière, oui. Au Matin, il y avait deux périodes. La première période, on a dû me censurer. C'était plus de mauvais dessins qu'autre chose. Je ne me rendais pas compte à l'époque. Ensuite, au cours de la deuxième période, où j'avais une liberté immense, aucune censure. Donc, si je ne me souviens pas de certains dessins censurés, c'est que c'était rare.L'avantage de la technologie fait que les lecteurs réagissent vite aux dessins. Auparavant, nous n'étions pas en interactivité avec le lecteur. Quand un lecteur envoyait une lettre, le temps qu'elle arrive, le dessin aurait eu huit mois de parution. Là, le lecteur rebondit instantanément. Le dernier dessin sur les dix-huit millions d'Algériens qui vont vivre en France en 2050 a suscité des réactions critiques. Il a été mal compris. J'ai reçu une avalanche de mails, à 90%, venant de personnes vivant en France.

Et quel regard portez-vous sur la caricature en Algérie ?

Il y a des hauts et des bas. La caricature en Algérie n'est pas un métier à part entière. On est toujours assimilé à des journalistes, or, on ne l'est pas. Nous faisons dans le commentaire, dans la parodie, nous avons un côté artistique. Il faudrait que la profession reconnaisse d'abord ce métier de dessinateur-éditorialiste ou dessinateur de presse pour qu'on puisse, nous dessinateurs, avoir des publications. Les dessinateurs veulent bien avoir une publication à eux où il y aurait 20 dessinateurs et 2 journalistes. L'inverse d'une rédaction classique. Il y a eu El Manchar et l'Epoque, donc, c'est possible de le faire. Cela va nous permettre d'avoir des manifestations. Il est malheureux de constater qu'il n'existe pas d'expos de dessins de presse, de festivals ou de prix annuels, comme cela existe au Maroc.

Il paraît que vous avez un projet de revue...

Oui, c'est une revue mensuelle de bande dessinée. C'est un autre exercice. Le titre choisi est provisoire. Nous n'avons pas encore tranché. Pour le moment, le titre retenu est El Bendir. Comprenne qui voudra. La revue aura une dimension continentale puisque des dessinateurs africains, contactés durant le Panaf, participent au projet. Avec le Festival de bande dessinée (Fibda) d'octobre, nous allons contacter des dessinateurs d'autres continents pour qu'ils nous donnent un coup de main dans l'élaboration de la revue. On espère réellement donner une allure internationale à la revue. Nous sommes déjà une dizaine de dessinateurs à y contribuer déjà.

Existe-t-il une relève dans le domaine du dessin de presse ?

Oui. Notre génération, Dilem, Hic et d'autres sont la relève de ceux qui nous ont précédés, Slim, Aider et d'autres. Personnellement, je connais les travaux de cinq dessinateurs qui n'ont pas plus de 25 ans et qui font de l'excellent travail. Comme Islem, Todji (une jeune découverte du Fibda), Sidou. Des jeunes qui font dans le contemporain. Ils collent à leur époque avec l'allusion au manga. Peut-être que cela ne nous plaît pas tout de suite, mais c'est très actuel. Mon modèle était Slim, le dessinateur le plus productif, qui a fait le plus d'albums. Sinon, pour moi, c'était classique, universel, Astérix, Tintin... Comme chaque petit Algérien de l'époque, je lisais à droite et à gauche, ça m'accrochait, donc j'ai commencé à copier, à recopier. Je suis diplômé en aménagement du territoire et protection de l'environnement. Le seul lien que je garde avec ma formation, presque vingt ans après, est que mon premier album est fait avec du papier écologique !


Par Fayçal Métaoui
Publié par El Watan (www.elwatan.com)
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le mercredi 23 septembre 2009 03:55

Nage dans ta mer est le premier album de Hic, à lire absolument !

Nage dans ta mer est le premier album de Hic, à lire absolument !
Publication. Nage dans ta mer, premier album de HIC
Ramer à contre-courant

Le dessin est parlant : un jeune Algérien, assis sur un baril qui laisse échapper du pétrole, rame, pieds nus, vers une destination inconnue, une casquette verte visée sur la tête. La mer est bleu gris et le soleil est blanc. Le jeune fait partie de la communauté, de plus en plus large, des harraga. Ceux qui chaque jour ridiculisent un système politico-policier en faillite totale.
Il quitte un pays riche avec l'espoir de vivre mieux ailleurs. C'est la couverture du premier album de Hicham Baba Ahmed (HIC), caricaturiste, Nage dans ta mer qui vient de paraître aux éditions Dalimen. « Dans Nage dans ta mer, le personnage revient sans arrêt. Il est le symbole de notre désarroi. Il est notre double téméraire. Celui qui ose affronter les vagues quand nous, nous osons à peine affronter nos rêves », écrit Sid Ahmed Semiane (SAS), dans la préface de l'album. Les rêves ? Une Algérie prospère dirigée par les jeunes ? Possible. Mais les harraga, dans l'Algérie de Bouteflika et de sa para dynastie, n'affrontent pas que les vagues. Ils tournent le dos à la lâcheté, à l'indigence et à la sénilité. L'Algérie, selon HIC, pourrait être champion du monde de l'aviron en raison de ces jeunes migrants qui rament si bien et qui fuient une terre devenue hostile. « Dans le pays des hommes qui nagent dans leur mer, Hicham ne fait pas figure d'exception. Il n'échappe pas à cette règle. Il est lui aussi un harraga, même s'il ne quitte pas sa bulle. Il rame chaque jour pour traverser ses propres frontières », écrit encore SAS.
HIC stigmatise la condamnation des harragas à des peines de prison et souligne, dans ses nombreux dessins que la répression, même en haute mer, ne sert à rien. Hic se retient parfois, mais il se lâche souvent, convaincu que dire est mieux que se taire. On ne le dira jamais assez, l'arbitraire se nourrit du silence, comme la dictature se nourrit d'argent et de sang. Allez, Bouteflika et la présidence à vie : le prétexte, la célébration du yennayer, nouvel an berbère, un portrait du locataire d'El Mouradia avec en bas les dates : 1999-2958 ! Autre exemple : le pétrole à plus de 120 dollars, une porte au-dessus de laquelle est écrit, Algérie, à côté, un mendiant s'écrie : « Tiens ! Une inondation ». En bas de la porte, des liasses de billets coulent vers un avaloir. Pas de besoin de commentaires. Chérif Rahmani lance la saison touristique 2008 : une foule d'Algériens qui courent à toute vitesse vers une destination, la Tunisie. La presse aujourd'hui ? Un lecteur étonné découvre qu'il existe tout de même... un article au milieu d'un flot de publicité. L'université algérienne ? Un homme avec un cartable rempli de diplômes s'apprête à se suicider devant une mouette surprise. La marginalisation des diplômés en Algérie a-t-elle fait un jour débat ?
Hic ne rate pas l'UGTA, ex-syndicat unique. « Le patron des travailleurs réélu sans surprise » : Sidi Saïd, patron éternel de la centrale syndicale, se prélasse sur un hamac et ajoute : « ... Et sans efforts ». L'UGTA, qui avale chaque année les millions de l'argent public, est un petit goulag qui siège à... la Maison du peuple. HIC n'omet pas d'évoquer la pauvreté : un père de famille marche avec un couffin qui brûle, un SDF qui meurt de froid, la pomme de terre vendue en pharmacie, la courbe en hausse de la consommation des drogues dures en Algérie, une femme à l'½il au beurre noir lance : « Les Algériens célèbrent la Saint-Valentin à leur... manière ». Le dessin sur la violence conjugale est sans appel : deux femmes battues montrent dans une pancarte « le mari idéal », un homme sans pieds et sans bras ! HIC ne manque pas l'actualité internationale. Ses personnages préférés sont : Fidèle Castro, Barack Obama, Nicolas Sarkozy... A la fin de l'album, HIC a réservé un petit espace à ceux « qui ne liront jamais ce recueil ».
Un hommage à Melouah, Hamid Kechad, Redouane Osmane, Bachir Rezzoug, Mahmoud Darwich, Youssef Chahine, Yves Saint-Laurent et Joseph Barbera, le père de Tom et Jerry. Mais qui est HIC ? « Né au XXe siècle à Icosium, près de 2000 ans après le départ des romains et bien avant la victoire de l'Algérie contre l'Allemagne par deux buts à 1. Hic dessinateur naufragé au Matin qui a échoué au Soir », est-il écrit, noir sur blanc, sur la couverture de l'album, en bas d'un autoportrait de l'artiste, avec sa célèbre casquette et sa cigarette. L'éditeur, dans un texte bref, relève que le florilège de dessins proposé dans l'album illustre « tout l'écart entre un métier et une vocation ». Ingénieur en aménagement du territoire, HIC aurait pu suivre une autre carrière professionnelle. Il a choisi une autre voie qui lui permet de ramer à contre-courant avec humour, courage et finesse. A contre-courant ? C'est sans doute la meilleure direction...



Par Fayçal Métaoui

(Article disponible sur facebook aussi)
Nage dans ta mer, paru aux éditions Dalimen, 196 pages
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le mercredi 23 septembre 2009 03:51