Fête africaine à Alger, mieux que rien

Fête africaine à Alger, mieux que rien
Grande parade dans les rues d'Alger : Sons et lumières d'Afrique

Le noir fusionne avec le blanc, à Alger. Cela ne donne pas de gris mais des couleurs. C'est la fête de la culture africaine plus que celle du panafricanisme, une idée qui a perdu de son brio. La deuxième édition du Festival culturel panafricain (Panaf' 2009) s'ouvre aujourd'hui à Alger. Alger, une ville qui a abrité le Festival panafricain en 1969, il y a quarante ans, et qui sera dédié à la mémoire de la chanteuse sud-africaine Miryam Makéba, disparue en 2008. La philosophie du premier Panaf', celui de 1969, organisé dans la fièvre des indépendances, a presque disparu. Le continent est aujourd'hui débarrassé du colonialisme mais pas de ses séquelles. L'Afrique vit toujours les coups d'Etat, les régimes despotiques, la corruption, les conflits, le détournement des richesses... et les ex-puissances coloniales n'ont jamais été aussi présentes.
Mais des artistes, des écrivains, bref des acteurs culturels tentent de résister avec un esprit actuel. Certains vivent l'exil, d'autres sont interdits de parole dans leur pays, d'autres encore sont victimes de persécution et de mépris. Ils ne seront pas tous à Alger pour le Panaf' 2009 qui s'ouvre aujourd'hui, mais ceux qui y seront tenteront de raviver la flamme de l'espoir. Pas question de croire au fatalisme ou à l'idée stupide et cruellement blanche que l'homme africain n'est pas « entré » dans l'Histoire.
L'Union africaine (UA), qui cherche toujours à s'adapter à la modernité, a confié à l'Algérie l'organisation du deuxième Panaf', placé sous le signe de « la renaissance ». Au sommet de Khartoum, en 2006, l'UA avait dépoussiéré, vingt ans après, la charte de Port-Louis sur la culture. Cela a donné la charte de la renaissance africaine, inspirée de la Déclaration universelle de l'Unesco sur la diversité culturelle de 2001 et du Manifeste culturel panafricain d'Alger de 1969. Dans ce manifeste, il était proposé, entre autres, la création d'un institut panafricain du cinéma, des maisons d'édition et de distribution de livres, la mise en place d'organismes pour « permettre l'insertion des arts africains dans l'industrie », etc. Rien de tout cela n'a été réalisé. Le cinéma africain est réduit à des actions individuelles d'artistes de talent. « Le cinéma est aussi le prestige de l'Afrique. Le Panaf' lui apporte son aide, réfléchit à sa condition et lui offre un superbe champ d'expression », est-il écrit dans la brochure du Panaf'. Un panorama du cinéma africain est prévu à la salle Ibn Zeydoun de Riadh El Feth et un colloque sur le 7e art africain est programmé les 10 et 11 juillet au même endroit. Peut-être que des idées vont émerger du naufrage pour cet art majeur et lui épargner le dédain que lui montrent, parfois avec méchanceté, les organisateurs des grands festivals internationaux (Cannes, Berlin, Venise, Montréal, etc.).
Et peut-être qu'on va enfin parler autant de l'état lamentable des salles de cinéma en Algérie, où l'on adore étaler « le prestige », qu'au Burkina Fasso ou au Mozambique. Le public aura à découvrir 13 courts métrages sous le thème « L'Afrique vue par... », conçus par des grands noms du cinéma. En tout, 232 cinéastes seront à Alger. Cette présence devrait au moins être mise à profit pour « sortir » quelque chose de concret. Idem pour la littérature avec les 11 participants aux résidences d'écriture et avec les conférenciers du symposium sur les littératures africaines prévu les 15 et 16 juillet à la Bibliothèque nationale (qui reprend ses activités après des mois de sommeil, conséquence de l'éviction scandaleuse du romancier Amine Zaoui de sa direction). La réédition de 200 ouvrages permettra probablement aux jeunes lecteurs de découvrir Big Balé du Congolais Achille Ngoye, Je voudrais redevenir bébé du Béninois Alexandre Gbado ou L'Anniversaire de l'Algérien Mouloud Ferraoun. Même si toutes les maisons d'édition algériennes n'ont pas bénéficié équitablement de ce marché de la réédition, l'effort est à saluer. Surtout que les jeunes auteurs africains, si peu connus dans leur continent, sont devenus des superstars en Amérique du Nord et en Asie. Autant dire aussi que la présence en Algérie de la littérature africaine ne doit pas être conjoncturelle.
Aux espaces de la Safex, les « pleins feux » sur la bande dessinée africaine ne doivent pas passer inaperçus avec la participation de 32 bédéistes venus de 19 pays qui vont animer des résidences et un concours. Un tiers seulement des pays africains prend part au programme du théâtre. Seuls le Burkina Faso, le Cameroun, la Libye, le Togo et Madagascar ont envoyé des troupes indépendantes, les autres pays sont présents avec leurs théâtres nationaux. Les représentations auront lieu à partir du 6 juillet au théâtre national Mahieddine Bachtarzi (TNA), à la salle El Mougar, à Tizi Ouzou, Béjaïa, Oran, Mostaganem et Annaba. L'Algérie sera représentée par le TNA, les théâtres régionaux et par six troupes du Sud (Adrar, El Oued, Tamanrasset, Tindouf, Ouargla, Béchar). « Le théâtre africain entre tradition et modernité » sera le thème d'un colloque programmé du 10 au 12 juillet au complexe Lâadi Flici. Au chapitre curiosités, Juillet au féminin se détache du programme au TNA. Il s'agit, selon les organisateurs, de contes de grand-mère agencés en spectacles et montages poétiques accompagnés d'orchestre. Le Sahara, « berceau de l'humanité », sera l'un des principaux invités du Panaf' 2009 avec une exposition, à la Safex, consacrée aux arts anciens qui va durer jusqu'au 7 août. « Les architectures de terre » seront également mises en valeur au même endroit dans une autre exposition. Le public y découvrira les techniques anciennes de construction et la diversité des styles. Au palais de la culture Moufdi Zakaria, un salon de l'artisanat d'art africain est prévu du 8 au 15 juillet.
Avec 5860 artistes, soit 60% des participants, la musique et la danse se taillent la part du lion. Choréafrica sera, à partir du 10 juillet, au c½ur du festival des danses contemporaines à l'Institut supérieur de formation aux métiers du cinéma, de l'audiovisuel et des arts du spectacle (ISMAAS) de Bordj El Kiffan. Au menu, 18 compagnies venues de 16 pays. Sidi Bel Abbès et Tizi Ouzou vont accueillir les festivals de danses folkloriques et populaires. Les troupes africaines animeront des spectacles à Oran, Mostaganem, Aïn Témouchent, Tlemcen, Saïda, Alger, Tipasa, Blida, Boumerdès et Annaba. A partir du 6 juillet, le Théâtre de verdure d'Alger, qui retrouve son public après des mois de fermeture, accueillera le Festival international du diwan (gnawi) avec la présence, entre autres, de Gaâda Béchar et de Tom Diakité Trio. A Annaba et à l'auditorium de la Radio, le festival international du jazz prendra le relais à partir du 15 juillet. Une conférence sur les origines africaines du jazz est programmée à la salle Frantz Fanon le 17 juillet.
Le Festival international de l'art pictural contemporain sera l'activité la plus longue puisqu'elle s'étalera du 5 juillet au 28 février 2010. Une biennale africaine d'arts plastiques est prévue à la Safex à partir du 6 juillet et reste ouverte au public jusqu'au 3 septembre. Il en sera de même pour les expositions des designers africains sous le thème « Manières de vivre : relecture » de la modernité dans l'art africain, de la photographie d'art à la Safex ainsi que de l'art africain au féminin au MaMa. Les arts visuels feront également l'objet de résidences à l'Ecole supérieure des beaux-arts et à Dar Abdeltif. L'Afrique du Sud, le Sénégal, l'Egypte et le Cameroun déplaceront à Alger les plus grandes délégations. La Tunisie a attendu les derniers jours pour communiquer la liste de ses participants, ce qui n'a pas manqué de causer des désagréments. « Ce n'est jamais fin prêt pour quelqu'un d'angoissé comme moi. Il manque toujours la petite touche », nous a dit Khalida Toumi, ministre de la Culture, rencontrée en marge du colloque sur les anthropologues africains organisé le week-end dernier au complexe Lâadi Flici. Abritant les plus grandes communautés d'origine africaine, le Brésil et les Etats-Unis seront présents à Alger. Ils se joindront aux 49 Etats, Algérie compris, membres de l'UA. Côté officiel, Mohamed El Moctar, ministre malien de la Culture, a, dans une déclaration à l'APS, appelé à institutionnaliser le Panaf' ; il a plaidé pour rééditer ce festival tous les deux ou trois ans. Le guide libyen Mouammar El Kadhafi, président en exercice de l'UA, et le Gabonais Jean Ping, président de la Commission africaine, seront présents à la cérémonie officielle d'ouverture du Panaf', prévue ce soir, à la coupole Mohamed Boudiaf à Alger.


Par Fayçal Métaoui
El Watan
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# Posté le dimanche 05 juillet 2009 15:06

L'Algérie va nommer une femme général


Quels sont les critères professionnels de nomination d'un général en Algérie ?

J'aime bien cette caricature de mon ami Ali Dilem. Un artiste en quête permanente d'air frais dans un pays qui commence à en manquer terriblement. Surtout dans les colonnes de sa presse....



* Caricature publiée par Liberté
L'Algérie va nommer une femme général
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# Posté le mardi 30 juin 2009 06:58

Les enfants de disparus se dotent d'une association à Jijel

Mich'al des Enfants de Disparus de Jijel

Les autorités bloquent sans raison l'agrément de l'association

Les enfants et familles des disparus de la wilaya de Jijel (Algérie) ont le plaisir d'annoncer la constitution d'une association pour les enfants des disparus de la région, sous la dénomination d'« Association Mich'al des Enfants de Disparus de Jijel », par décision de l'Assemblée générale constitutive qui s'est tenue le Vendredi 22 mai 2009, et au cours de laquelle les statuts de l'Association ont été approuvés et les membres du Bureau exécutif élus démocratiquement. Le 24 mai 2009, selon la réglementation en vigueur, une demande d'enregistrement officiel a été déposée auprès du Bureau des Associations de la Wilaya de Jijel en vue d'obtenir l'agrément. Ce Bureau a refusé de délivrer un récépissé de dépôt, comme cela devrait se faire selon la loi, le responsable du Bureau a motivé ce refus par le fait que « ce document pourrait être utilisé contre l'Administration », ce qui est absolument incompréhensible. La constitution de l'Association Flambeau des Enfants de Disparus de Jijel est un premier pas vers la constitution d'une association nationale des enfants de disparus en Algérie, qui s'inscrit dans le cadre du combat continu pour découvrir la vérité sur le sort des milliers de cas de disparition forcée, commis par les agents de l'Etat durant les années 1990, et pour établir la justice. Il faut noter que le gouvernement algérien, lui-même, a reconnu officiellement 8023 cas de disparition forcée.
Après de longues années de combat mené par les mères, les pères et les épouses des disparus, voici maintenant les enfants qui assument la responsabilité qui leur incombe pour soutenir leurs ainés et continuer un combat de longue haleine. C'est ainsi que le nom Mich'al (flambeau) a été choisi, afin de souligner la continuité du combat pacifique pour la vérité et la justice, en associant les enfants des disparus qui ont enduré tant de souffrances depuis la disparition de leurs pères. L'Association ½uvrera pour la poursuite de la documentation des cas de disparition forcée et involontaire, ainsi que la collecte et la conservation de toutes les informations les concernant, ce qui constitue un pan important de la mémoire collective du peuple algérien.
L'Association porte un intérêt particulier aux préoccupations des enfants et familles de disparus, sans oublier les aspects psychologiques et sociaux qui nécessitent une prise en charge spécialisée et conforme aux normes internationales. L'Association entend également fournir une assistance administrative et juridique aux familles qui sont souvent confrontées à d'énormes difficultés pour résoudre leurs problèmes, et de les associer dans toute vision d'une solution de la question des disparus en Algérie. L'Association ne néglige pas le volet juridique général en prévoyant l'étude la discussion et l'évaluation du respect des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et la sensibilisation de l'opinion publique sur ses buts déclarés.

Fait à Jijel le 24/06/2009

Par l'AMEDJ
Moussa BOUREFIS
président

AMEDJ
B.P. 234 - 18000 Jijel RP – Algérie
Email : aed.jijel@gmail.com
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# Posté le mardi 30 juin 2009 06:46

Abdelfettah Fakihani, un journaliste qui a souffert de la torture

Abdelfettah Fakihani, un journaliste qui a souffert de la torture
Hommage à Abdelfettah Fakihani, Journaliste militant

Un anti-héros de l'histoire de la gauche marocaine et des années de plomb vient de disparaître. Abdelfettah Fakihani, journaliste au bureau de l'AFP à Rabat, est décédé à l'âge de 60 ans mercredi 17 juin d'une maladie fulgurante après un mois d'hospitalisation. Il travaillait à l'AFP depuis 1995 et devait partir à la retraite. Il était marié et père d'un enfant de 15 ans.Natif de Marrakech dans une famille conservatrice d'un milieu populaire, Fakihani est lauréat de l'Ecole normale supérieure, département de la langue française, et fut un brillant étudiant à la faculté de lettres de Rabat. C'était un jeune communiste, dans le style militant de l'époque dans tout le Maghreb, un grand orateur et un des ténors du Front des Etudiants Progressistes créé à la veille du 14ème congrès de l'UNEM (Union Nationale des Etudiants Marocains).Fakous, comme l'appelaient ses camarades, a joué un rôle important dans la création d'ILAL AMAM (En avant), organisation marxiste léniniste marocaine, dont faisait partie Abraham Serfaty.
Il fut arrêté plusieurs fois avant d'entrer en clandestinité, puis fut incarcéré durant 15 ans en de 1975 jusqu'à sa grâce en 1989. Fakihani et 138 militants de l'organisation d'extrême gauche Ilal Amam avaient été condamnés à la prison à perpétuité pour "atteinte à la sûreté de l'État" au procès de Casablanca de 1977.
Fakihani avait auparavant commencé sa carrière comme enseignant du français à Kouribga (centre du Maroc). Après sa libération, il avait travaillé pour la revue Anfas et le quotidien arabophone Al Alam avant d'être recruté par l'AFP au bureau de Rabat par Ignace Dalle.Abdelfettah Fakihani était un amoureux de la littérature, la musique, la culture, un exemple d'humilité, de modestie et de gentillesse Aujourd'hui, c'est un militant qui s'éteint dans le silence. Il a vécu dignement et est mort dignement. Fakihani avait un regard pudique, malicieux, affectif, apaisé. Il portait en lui à la fois la force de la bonté humaine et son impuissance face à la barbarie des hommes au pouvoir.
Pour comprendre tout ce que pouvait exprimer ces yeux, il faut lire quelques extraits de son livre le Couloir, où Fakihani raconte sa détention :

"Salle de torture. Silence total. Des bruits furtifs à gauche et à droite, devant et derrière. La peur dans l'âme, dans le sexe qui se rétrécit. Dans le ventre tordu. Et dans la tronche qui grouille. Quand est ce qu'elle va commencer, cette séance de torture ?
Ils voudront des noms, des adresses. Les camarades, voilà ce qu'ils veulent. Ils voudront la direction, ce qui reste des dirigeants. Presque tous arrêtés, les camarades. Il y en a qui circulent encore. C'est bon. Il y en a même qui peuvent même restructurer l'organisation après la vague. C'est bon. Les noms, les adresses, les coups. La mort. C'est possible la mort. Abdellatif Zéroual, mort ici, peut être dans cette salle, peut-être à l'hôpital Ibn Sina.
Ici, aucun moyen de se donner la mort. Les résistants. Il y en a qui se la sont donné. Cyanure. Ils avaient des secrets, les résistants. Les armes à feu, les bombes. Colonisation, résistance, armes.
Minutieux. Tout est minutieux. Mes pieds et mains noués autour d'une barre de fer, le corps nu et les yeux bandés. On m'a déshabillé. Et ça n'a pas encore commencé, la torture, la véritable. Pas les gros coups de poing que j'ai reçu en pleine figure et dans le ventre quand j'ai refusé de répondre à leurs questions, à peine débarqué au centre. Les coups m'avaient fait tomber. La douleur au sol. C'est rien devant la douleur au vol. Perroquet : plantes des pieds en l'air, exposées. A Quoi ?Silence total. J'attends. Grand souhait que mon corps ne tienne pas face à ce qui va venir. Qu'il succombe et me libère ! De peur de trop souffrir, ou de succomber en faisant des aveux. La torture c'est quoi ? Très compliqué. Milliers de situations. Résister sur toute la ligne. Ou résister tant qu'on peut. Insultes. Ça les révolte, les mamans, toutes les mamans. Redevenu bébé sous la torture. Ma voix, lui parvient elle ?
Un colosse me tape sur les deux oreilles. J'imagine ce qu'il fait. C'est clair. Il écarte ses bras. Me tape sur les deux oreilles simultanément. Avec deux mains fortes et charnues. Insultes de plus en plus sexuelles. "Pédé", "fils de pute". Je m'offusque même en pleine séance. De torture. "Descendez le !". Un mouton. On n'est pas en fête. On me descend à terre.
On descend la barre de fer, alourdie par mon corps. Appliqués les tortionnaires. Je suis par terre, et je ne vois rien. Le bandeau sur les yeux. Bien serré. Des heures et des heurs de coups. Est-ce le jour ou la nuit ? Comment savoir ?"Remontez le !". Sur le visage, sur les plantes des pieds. Sur les cuisses. Sur les oreilles. Les coups. Avec quoi ? Nerf de b½uf, ceinture, baguette de fer ?
"Descendez le !". Un petit répit. Et le but, c'est quoi ? Que je ne crève pas ? Veulent ils me maintenir en vie A Tout prix ? Je souhaite être sauvé. Je désire m'évanouir ? Mais ça ne se simule pas un évanouissement, avec les tortionnaires. Je n'y arrivais pas. A m'évanouir.
Électricité : sur les cheveux, sur les bras, sur les cuisses. Aïe. Sensation étrange. Douleur désagréable. C'est quoi ? Cet engin, un fil, une baguette électrique ? Je n'entends pas le moteur. Le mal est là. Encore un électrochoc. Je crie. Le crie aigu, plus aigu que mon timbre de voix. "Cri de pute», m'assène un tortionnaire. (...)
L'étouffement. Un chiffon sur le nez, bien serré. Je suffoque déjà. Et puis on verse dessus. De l'eau à senteur de chiffon. Ils arrêtent de verser lorsque mes méninges me chuchotent un adieu à la vie. Encore le chiffon. Encore l'étouffement. Convulsions atroces. (...) Je commence à faiblir. Le corps déchiqueté. Je ne supporte plus la douleur. Soudain aboiements assourdissants d'un gros chien, que je n'ai pas vu. "Ce chien va te baiser", me dit un tortionnaire. Je me sens de plus en plus incapable de supporter. Seul contre une armada de tortionnaires. Seul devant la vie et la mort qui ne vient pas. (...) A un certain moment, j'ai parlé. Monté encore une fois dans une fourgonnette de police. Meurtri, défait, la mort dans l'âme, j'ai désigné l'emplacement de deux maisons à mes tortionnaires. Directement responsable de l'arrestation de trois camarades qui s'y trouvaient. Ils n'ont pas pu quitter les lieux. Blessure qui ne sera pas cicatrisée. Le plus humiliant, le plus atroce, sur le coup, c'est qu'après les avoir arrêtés, la police a fait asseoir l'un d'eaux à côté de moi, sur la même banquette du fourgon. Je n'ai jamais vécu pareille humiliation. Pire, je suis l'auteur d'une petite brochure sur la résistance à la torture. J'y soutenais qu'avec la police, il n'y a pas de subterfuges. Ne rien dire et résister jusqu'à la mort." (*)


(*) "Le Couloir, Bribes de Vérité sur les Années de Plomb" de Abdelfettah Fakihani, Collection Témoignages Tarik éditions, 2005, 182 pages. http://www.tarikeditions.com

Saad Lounès
www.saadlounes.com

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# Posté le samedi 27 juin 2009 08:16

Les régimes politiques en Afrique n'aiment pas les livres

Les régimes politiques en Afrique n'aiment pas les livres
L'édition en Afrique face à des entraves économiques et politiques
« Les régimes se méfient des livres ! »

Pourquoi est-il difficile de fabriquer un livre en Afrique ? », ce débat organisé, mardi soir, au Cénacle de la 2e édition du Festival international de la littérature et du livre de jeunesse (Feliv) à l'Esplanade Riadh El Feth à Alger, n'a pas répondu complètement à la question. Le débat à réuni Robert Ageneau des éditions Karthala, Louis Gardel du Seuil et le Camerounais Caya Makhélé des éditions Accoria dont le siège est à Paris. Prévus au programme, Denis Pyren, premier responsable de L'Harmattan et Noël Schiffano de Galimard ne sont pas venus sans que des explications soient données au public. Autre interrogation : pourquoi a-t-on fait appel uniquement aux éditeurs français pour ce débat ? L'Afrique ne parle-t-elle pas l'arabe, l'anglais, le portugais, l'espagnol ? Où sont les éditeurs africains, ceux qui vivent sur le continent ? Louis Gardel a plaidé pour la rupture de l'esprit paternaliste des anciennes puissances coloniales. « On ne doit plus faire de l'assistanat », a-t-il dit. Le poète sénégalais, Mbaye Ndongo, qui a présenté un récital avec le griot Soriba Sakho, a estimé que c'est aux africains de se prendre en charge. « L'Afrique ne doit rien attendre des éditeurs étrangers, qu'ils soient français, anglo-saxons ou autres. Aux africains de créer des maisons d'édition. Cela concerne autant les pouvoirs publics que les écrivains », a soutenu Mbaye Ndongo, qui a rendu hommage à un romancier qui a écrit son récit en wolof (langue parlée en Gambie, au Sénégal et au Mauritanie). Pour Louis Gardel, le Seuil a refusé de créer « une collection africaine » pour ne pas tomber dans le ghetto. « La littérature, ce sont d'abord des écrivains. C'est la langue. Nous avons choisi d'éditer des auteurs africains et maghrébins parce qu'ils ont écrit de bons livres », a-t-il relevé. Selon lui, la jeune littérature africaine a dépassé les thématiques post-coloniales. « Elle aborde les problèmes actuels, ceux des peuples du continent », a-t-il expliqué. Il a cité l'exemple du congolais Alain Mabanckou, prix Renaudot en 2006 pour Mémoires de porc-épic. « Mbanckou est une star. Lui, comme d'autres auteurs, s'adressent à des éditeurs de Paris ou de Londres parce qu'ils savent que leurs ½uvres auront un retentissement au niveau international », a souligné Louis Gardel. Black Bazar, le dernier roman d'Alain Mabanckou, paru au Seuil, est déjà un best-seller. Phénomène nouveau : les écrivains africains, selon Louis Gardel, sont mieux accueillis sur le marché international que les auteurs français. Ils sont même plus traduits aux Etats-Unis, au Canada et en Amérique du Sud. « Ils apportent du sang neuf ! », a-t-il appuyé. Alain Mabanckou est fort connu aux Etats-Unis où il enseigne la langue française. Les intervenants ont souligné que les éditeurs européens sont plus attentifs aux manuscrits d'auteurs africains qu'auparavant. L'intérêt n'est pas dénué de calcul commercial puisque les african stories sont tendance ! Pierre Astier, fondateur de l'édition Serpent à plumes, aurait pu dire tout le mal qu'il pense des éditeurs parisiens. Des problèmes de santé l'ont empêché de se déplacer au Feliv d'Alger. « La littérature africaine est beaucoup plus universelle, beaucoup plus ouverte, qu'une grosse partie de la production littéraire française, que je trouve terriblement franco-française, enfermée non seulement dans des frontières françaises, culturelles... mais aussi peut-être dans les frontières de Paris », a dénoncé Pierre Astier sur les ondes de Radio France internationale (RFI). Pour Robert Ageneau, la faiblesse du pouvoir d'achat entrave une bonne circulation des ouvrages en Afrique. Karthala, édition spécialisée en sciences humaine et en relations internationales, a adopté une double politique des prix, l'une dirigée vers l'Europe, l'autre vers l'Afrique. « On peut aller jusqu'à 65 % de remise. Malgré cela, le marché est difficile », a-t-il noté, soulignant la défection du lectorat au profit de l'internet, même si l'e-book autorise un certain espoir. L'intérêt des lecteurs, d'après Louis Gardel, va plutôt aux ouvrages d'histoire et aux essais politiques polémiques et pas à la littérature romanesque.
« Le roman est considéré comme une distraction. Les lecteurs préfèrent acquérir des livres qui leur apportent de la connaissance. C'est assez triste », a-t-il regretté étant lui même romancier (il est auteur du célèbre Fort Saganne paru en 1980 et de La Baie d'Alger, publié en 2007). Le pouvoir d'achat, pour Mbaye Ndongo, est un véritable frein. Le choix, selon lui, est vite fait entre une bouteille d'huile et un livre. D'où la nécessité de politiques réelles de soutien à la lecture publique. Autre embûche à l'expansion du champ éditorial : l'attitude des régimes en place. « Les livres sont par essence subversifs. Les régimes politique se méfient des livres. Ils préfèrent qu'il n' y ait pas de lecture plutôt que de la contrôler. La littérature contrôlée, c'est celle de la propagande », a déclaré Louis Gardel suggérant que c'est à ce niveau qu'existe la principale barrière devant l'épanouissement culturel et intellectuel en Afrique où les coups d'Etat et les élections préfabriquées sont revenus au devant de la scène. « Africains, levez-vous ! », a-t-il ajouté plus loin.


Par Fayçal Métaoui
El Watan du 27 juin 2009
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# Posté le samedi 27 juin 2009 07:46